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posté le 15/12/2007 à 21:51
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Ma vision du Libre
posté le 14/09/2006 à 14:33
Avant toute chose, je tiens à préciser que je parle de "ma" vision du Libre non par prétention, mais parce qu'il doit y avoir autant d'interprétations du mouvement que d'acteurs. Aussi merci d'en tenir compte en lisant la suite de ce texte. Si vous n'avez jamais entendu parlé du Libre, essayez de lire le texte intégralement même si ça peut paraître indigeste: c'est un mouvement majeur de notre époque qu'il est important de connaître.
Mais commençons par le commencement, le Libre c'est quoi ?
Le Libre est un courant de pensée récent qui vise à permettre la libre diffusion des oeuvres. Par libre diffusion, on entend 4 libertés fondamentales: liberté d'utiliser, liberté de diffuser, liberté d'étudier et liberté de modifier. Ce mouvement, parti de l'informatique et du logiciel libre, a pris une ampleur impressionnante, dopée par l'explosion d'Internet, et touche désormais à quasiment tous les domaines artistiques (et pas seulement). Il s'agit purement et simplement d'une véritable révolution idéologique et économique, qui est bien partie pour modifier le système occidental actuel en profondeur. Des mots un peu forts ? Laissez moi vous présenter les deux exemples les plus parlants à l'heure actuelle: le logiciel et la musique.
Le logiciel libre
Le logiciel libre est un logiciel qui se base sur les 4 libertés fondamentales suivantes:
- Liberté 0 : La liberté d'exécuter le programme, pour tous les usages.
- Liberté 1 : La liberté d'étudier le fonctionnement du programme.
- Liberté 2 : La liberté de redistribuer des copies.
- Liberté 3 : La liberté d'améliorer le programme et de publier ses améliorations.
En d'autres termes, il garantit une utilisation complète sans limitation, il autorise la copie; peut être adapté à des besoins spécifiques, ou peut être analysé.
Le logiciel peut être vu comme un outil, une technologie, une connaissance.
Un des principes fondamentaux du Libre est le partage de la connaissance. Outre la beauté philosophique, ce partage a de nombreux avantages, en voici quelques uns:
* D'un point de vue technique, le logiciel libre est
- plus sûr (le logiciel pouvant être étudié, n'importe qui capable de le comprendre peut corriger ses erreurs)
- plus réactif (de par son ouverture, les erreurs sont corrigées plus vite, les nouvelles fonctionnalités sont implémentées plus rapidement)
* D'un point de vue théorique, si une infinité de développeurs travaille sur un logiciel pendant une durée infinie, le logiciel tend vers la perfection. Ce qui sous entend que tôt ou tard, le logiciel libre égalera puis dépassera un équivalent propriétaire en termes de fonctionnalités, de stabilité et d'efficacité.
* Par expérience, on s'aperçoit également que les logiciels libres ont tendance à
- respecter davantage les standards (plus grande accessibilité notamment aux personnes handicapées)
- proposer plus d'innovations (moins de dépendance vis à vis des risques économiques et du marché)
Le modèle du logiciel libre a donc de nombreux avantages, mais il modifie en profondeur les méthodes de diffusion traditionnelles.
Economiquement, la question actuellement en suspend est "
comment gagner sa vie avec le logiciel libre ?" .
La première réponse est celle des services autour du logiciel: le support technique, les manuels papier, les adaptations peuvent se monnayer. D'autre part, de (très) grandes entreprises y ont vu un moyen de s'imposer sur des marchés sous monopoles ou quasi-monopoles: Sun avec Open Office, IBM avec Eclipse par exemple.
Une autre solution est le mécénat: un développeur travaille sur son projet, et vit à l'aide de dons. Malheureusement en pratique, c'est rarement suffisant pour vivre de ses oeuvres. Cependant, certains projets populaires font régulièrement des campagnes massives de dons, qui peuvent s'avérer très efficaces (Wikipédia par exemple).
Il y a également des solutions hybrides: ainsi ID Software, célèbre développeur de jeux vidéo dont les grands classiques que sont Doom et Quake, publie ses oeuvres sous licence libre après leur exploitation commerciale (à noter que dans ce cas le Libre ne permet pas de gagner sa vie).
Enfin, tout un marché se créé autour de ce nouveau mode de diffusion: un développeur peut gagner sa vie en adaptant des logiciels libres aux besoins spécifiques d'une entreprise ou d'un particulier; et d'autres systèmes économiques sont certainement envisageables.
Il faut garder à l'esprit que de grandes entreprises dont le système économique se base sur les logiciels libres se sont créées et fonctionnent depuis plusieurs années.
Pourquoi tout ceci est si important ? Aujourd'hui, l'informatique est devenu tout simplement indispensable dans tous les domaines de la société, elle devient un maillon central de notre vie. Un des enjeux majeurs du Libre est d'éviter de laisser ce maillon entre les mains de quelques grandes sociétés, et d'emprisonner des connaissances dans des stratégies économiques: le Libre permet de rendre le contrôle des connaissances au peuple. D'autre part, le Libre a un aspect philosophie mais également économique, et son implantation, que l'on peut désormais qualifier de réussie, au sein du système économique actuel assure la propagation de sa philosophie.
Le Libre et la musique
Sans repasser par une description complète, la musique Libre s'apparente au logiciel libre par les libertés offertes (écouter, modifier, diffuser, étudier). Bien que la musique libre soit arrivée plus tardivement, elle est un élément très important du mouvement car la musique a souvent, si ce n'est toujours, accompagné l'Homme dans ses (r)évolutions, elle est un moyen d'expression majeur et un témoin de son époque. Pour simplifier le schéma classique actuel, la musique est traditionnellement composée et interprétée par un groupe, puis envoyée à un éditeur, si l'éditeur estime que la musique peut marcher commercialement, il décide de la diffuser. Commence alors une campagne publicitaire, que l'on peut aisément qualifier de matraquage, le morceau est diffusé massivement par les médias afin que le consommateur l'achète. Quelques grands éditeurs contrôlent la majorité du marché: ce sont les majors du disque.
La diffusion de la musique est donc dépendantes de critères commerciaux et non artistiques: ce sont les majors qui décident qui écoute quoi. On se retrouve avec une culture dirigée, uniformisée, monnayée.
D'autre part, les technologies actuelles permettent de contrôler la diffusion des musiques: combien de fois vous l'écoutez, où vous l'écoutez, combien de fois et à qui vous pouvez la prêter ou la copier. Faux ? Faites des recherches sur les DRM et voyez de vos propres yeux. Peut être pensez vous que ce genre de protection pourra toujours se contourner ? Outre le fait que ce n'est pas nécessairement vrai, il est idéologiquement inacceptable (et dangereux) de devoir passer par là.
La musique libre, au contraire, permet à chacun de diffuser ses propres morceaux (avec l'aide précieuse d'Internet), de les faire écouter ou les copier à ses amis, elle permet une créativité bien plus importante. Bref elle donne à la musique et à la culture ce qui leur manquait: le respect.
Actuellement, la musique se trouve au centre d'un important débat: avec les méthodes de diffusions d'aujourd'hui, notamment les logiciels de partage, les majors cherchent à reprendre le contrôle des musiques via des moyens techniques ou légaux, en bafouant totalement les libertés les plus élémentaires du consommateur. L'industrie est en train de changer radicalement, les éditeurs perdent de leur pouvoir tandis que le client, qui devient plus qu'un simple consommateur, en gagne. Il est clair que beaucoup d'artistes sont actuellement dépassés par les évènements, ou ne se rendent tout simplement pas compte des enjeux. Pourtant, ils vont tôt ou tard tous devoir prendre une décision.
Enfin le mouvement du Libre a entraîné d'autres progrès: l'exemple le plus célèbre (et une révolution à elle toute seule) est la Wikipédia. Cette encyclopédie Libre répond à un des plus anciens rêves de l'Homme; une gigantesque base de connaissances qui touche à tous les sujets, que l'ont peut librement consulter, modifier et diffuser.
Le Libre est donc un mouvement d'une importance croissante, qui, non content d'avoir trouvé sa place dans l'informatique, s'étend à d'autres domaines (musique, cinéma, encyclopédie, littérature, etc). Il revoit en profondeur les modes de pensée actuels liés à la propriété intellectuelle, et se situe dans une logique de partage. Contrairement à la plupart des autres grands courants de pensée: le mouvement Libre a l'avantage de s'imposer économiquement, et de fonctionner.
Dernière station avant l'autoroute
posté le 04/04/2006 à 13:41
<<J'ai pris récemment une position radicale sur la licence globale>>.
Effectivement, radicale et même décevante de la part de quelqu'un comme HFT. Décevante non pour l'opinion, que chacun se fasse la sienne, mais pour cette sale impression de raccourci, de discours maché-avalé-craché, de méconnaissance du sujet, qui ne colle pas du tout avec le personnage. Et pourtant...
C'est à l'Acropolis qu'a lieu le concert, il n'y a que des places assises.
Regarder un concert assis, quelle idée ! Mais bon, déjà les regrets du concert manqué sur le caillou, il n'était pas question de sécher celui là.
La salle n'est pas remplie, de nombreuses rangées sont cruellement vides là haut; ce n'est pas tellement étonnant, son public n'est probablement pas celui de la Côte, et HFT est plus ou moins en marge des circuits classiques.
Les lumières s'éteignent, on entend un "Hubert !" dans la salle, une fois, deux fois, et le voilà.
Le son n'est pas au top, mais on l'oublie vite aux notes de Sweet Amanite Phalloïde Queen. Rapidement du monde vient se coller à la scène, chose pas forcément prévue à en juger par la sécurité, mais ça aurait été dommage et pour le public, et pour le groupe, que tout le monde reste assis. Hubert l'a d'ailleurs dit, il aurait préféré (et nous aussi), que ça se fasse à l'extérieur. Les chansons défilent, avec bien entendu de nombreux morceaux du nouvel album, bien sympas (en particulier Télégramme 2003). Les grands classiques répondent évidemment à l'appel, en pariticulier Loreleï, les dingues et les paumés, et la fille du coupeur de joint (entre 2 rappels) qui a mis une ambiance festive particulière dans la salle. Puis le retour sur scène, seul avec une guitare, d'un Thiéfaine qui nous parle de sa position sur la licence globale (on a entendu quelques personnes huer dans un premier temps, puis la salle applaudir), avec une chanson hors programme composée en cet honneur. Bien que la chanson en elle même soit agréable, on y retrouve l'association avec les régimes totalitaires (à noter qu'il est difficile d'apprécier le message d'une chanson à sa première écoute, surtout si c'est pendant un concert), c'est la seule que je n'ai pas applaudie.
Puis retour du reste du groupe, avec notamment un fabuleux Alligators 427, une éphémère et appréciée candidature aux élections présidentielles et l'au-revoir d'un Thiéfaine qui a visiblement conquis son public.
Bilan: un concert qui aurait pris toute son ampleur en extérieur, et un HFT qui méritait vraiment de faire salle comble.
Direction la sortie, et un petit resto à côté du vieux histoire de manger une bricole et de boire une petite mousse. Chacun y va de son commentaire sur le concert, très apprécié, avec toujours ce petit regrêt pour sa position sur le téléchargement. On parle de tout et de rien... En fin de repas, plusieurs clients entrent, dont HFT en personne ! C'est toujours assez marrant de croiser des célèbrités dans la vie normale (c'est dans ces moments qu'on se dit "quoi ?? Lui aussi c'est un gens qui marche dans la rue et qui mange !"). Puis c'est l'heure de partir, avec un petit tour aux toilettes avant de faire la route. Il y a un truc qu'il faut savoir, c'est qu'à Nice, enfin à "Nice by Night", 90% des rencontres se font dans les chiottes :). Ben là ça n'a pas dérogé à la règle, et j'ai ainsi pu discuter pendant 5 min avec Thiéfaine :).
Morceaux choisis (et reconstitués à base de concentré de mémoire):
Goffi - Très bon concert
HFT - Merci
Goffi - Par contre, je ne suis pas du tout d'accord avec votre position sur la licence globale
HFT - Chacun son opinion... [blanc] D'ici 10 ans vous allez tuer la culture !
[blabla]
Goffi - On a l'impression que les artistes font des raccourcis [...] ce que ce nous voulions n'est pas "d'avoir du tout gratuit". [...] Je suis étudiant dans l'informatique et pour les logiciels libres [...] les drm sont une horreur.
HFT - Mais je suis contre les drm, si vous aviez écouté l'émission je l'ai dit [OK, là c'est moi qui ai fait un raccourci]
En fait ce qui l'inquiète c'est le risque de tuer l'industrie. Cette position peut se comprendre, même si je n'ai pas le même avis, et il est clair que la question est difficile.
Goffi - Mais des lois comme DADVSI menacent des technologies prometteuses !
HFT - Je ne veux pas qu'on s'attaque aux nouvelles technologies:
Goffi - ben ce n'est pas l'impression que vous donniez dans l'interview
HFT - quand on passe à la radio, on a juste 5 min pour parler, on ne peut pas correctement s'exprimer.
[...]
Goffi - j'ai été choqué par votre comparaison avec les régimes totalitaires
HFT - Il faut dire quelque chose de fort si vous voulez que ça marque
Point avec lequel je ne suis toujours pas d'accord, la comparaison était particulièrement déplacée de mon point de vue.
HFT - Il faut pouvoir rémunérer les artistes
Goffi - On pense que la licence globale est une solution équitable, même si ce n'est pas forcément la meilleure. L'amende mise en place ne vas pas aider à empêcher le téléchargement.
HFT - il faut trouver une autre solution, la licence globale n'étant pas la bonne ! J'ai bien vu des hommes marcher sur la Lune, on doit pouvoir trouver une solution [phrase déjà entendue pendant son interview à la radio].
[Au moment de partir, il voulait dîner tranquillement le pauvre =) ]
Goffi - Et les petits artistes, Internet est une chance pour eux !
HFT - les petits artistes devraient se trouver un vrai boulot
Goffi - mais pour ceux qui, comme vous autrefois, galèrent mais peuvent aller loin, Internet peut être un bon tremplin
HFT - peut être...
Que tirer de tout ça ? Et bien, même si je suis toujours en désaccord avec lui, je comprends un peu mieux sa position, et surtout, ça me fait plaisir de voir qu'il y a une réflexion derrière (ce dont je doutais fortement après avoir entendu l'interview). Il est contre les DRM et pour les innovations technologiques, sa position ne concernait que la licence globale. Il y a peut être eu des réactions un peu trop rapides après son interview (il a même reçu des insultes), même si sa position est discutable, elle est compréhensible. C'est agréable de pouvoir discuter en toute simplicité avec quelqu'un comme lui (bien que ce fût court).
En tout cas, très bonne soirée :)
PS: il manquait 113ème cigarette sans dormir quand même :-/