Le temps semble s'être arrêté à Maldon, village des « Gold Fields », où seules quelques motos et voitures viennent rappeler que les siècles ont passé. C'est ici, dans le Victoria, que le « gold rush » (la ruée vers l'or), a eu lieu. Après avoir cherché en vain une connexion internet, je me suis posé au café « two fat mens » (les 2 gros bonshommes), où je déguste une bière en imaginant les hommes d'un autre temps venus à la recherche d'une hypothétique fortune. Les bâtiments sont parmi les plus vieux d'Australie (enfin, comprendre les plus vieux depuis l'arrivée de la population européenne), et on se laisserait aisément transporté dans un livre de Jack London si la neige n'était pas absente.
Tout est là, le vieux train qui laisse échapper le bruit de la vapeur, la grande cheminée - devenue un parcours touristique -, ou le vieil homme au visage marqué, son chien à ses pieds, qui semble s'être trompé d'époque.
D'après les dires, il y aurait toujours de l'or ici, et probablement encore quelques « gold diggers » (chercheurs d'or); mais les temps et les hommes ont changé; les plus matérialistes cherchent le plus souvent fortune dans les nouvelles mines (qui ironiquement sont désormais immatérielles), les plus rêveurs sont ailleurs, et on peut en trouver quelques uns dans les immenses forêts présentes ici.

J'étais la semaine dernière au st Andrews Market, que d'aucuns qualifieront d'hippie. Le marché en lui même n'est pas bien extraordinaire - quelques peu orienté « organic » (bio) et spiritualité, des digiridos fait main, des sacs recyclés - et un brin touristique, mais il a l'agréable particularité d'être en partie dans les bois; on peut s'assoir et prendre un « chai » entre les arbres, en regardant les jongleurs s'entraîner à deux pas.
C'est en buvant avec une amie que l'ont demanda à notre voisin où trouver un produit imperméabilisant, cette chère Wendy ayant quelques fuites; sans hésitation ce dernier nous donna son adresse, précisant de passer dans l'après-midi, qu'il avait ce qu'il fallait. Quel contraste avec certaines mauvaises aventures les jours précédents ! En effet, on m'a crevé un pneu alors que le van était garé sur une place gratuite, et mon premier jour à Melbourne je me suis trouvé à pousser ce même véhicule seul sans que l'idée ne vienne à personne de m'aider (mais par contre y'en a un qui a pris des photos !), frôlant de très peu l'accident, la route étant fortement chargée et à un gros croisement avec trams et voitures.
À noter quand même qu'en dehors de ces cas particuliers, les gens que j'ai croisé étaient tous très accueillants et près à aider, et que j'aime beaucoup Melbourne, incomparablement plus que Sydney.
Pour revenir à nos kangourous, nous voilà donc arrivant dans une superbe maison en bois pour prendre soin de la Wendy; 3 couples vivent ici. Cette impressionnante demeure, surmontée de nombreux panneaux solaires, située hors de la ville, est un lieu qui se prête parfaitement au repos où aux activités créatives.
Nous montons sur le toit afin de colmater les fissures, et en profitons pour discuter et prendre le thé (situation pour le moins pittoresque que de prendre le thé sur le toit d'un van). L'un des occupants de la maison construit des barques, nous avons une de ses (superbes !) œuvres au dessus de nos têtes. Un autre a une activité fort originale: il enseigne aux gens à fabriquer leur propre guitare. Il m'a appris qu'il fallait environs 2 semaines, à raison de 8 heures par jour, pour arriver à cette fin; j'imagine la force de la relation qu'il doit exister ensuite entre le musicien et son instrument.

La fin de journée arrivant, nous quittons la maison, et le (jeune) danois nous conduit à l'endroit où il fabrique les guitares: une inattendue communauté d'artistes, du luthier au couturier, vieille d'environ 70 ans. Ce mini village est surprenant sur plus d'un point: son architecture faisant penser à des maisons romaines, son emplacement - dans les bois, à moins d'une heure de Melbourne -, son restaurant « cuisine provençale », ses sculptures disséminées dans les ruelles, sa beauté; quelle splendide façon de terminer une journée pour le moins exotique, que j'aime quand des rencontres aux hasard mènent à de si magnifiques expériences.